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Vendredi 8 juin 2007

Je suis alle a Goma recemment pour introduir un nouveau pilote aux aventures d'Airserv en RDC (troisieme, d'ailleurs, depuis fevrier, j'ai donc la sensation que mon annee au Congo va tres bientot s'achever...).  La situation dans la ville s'est nettement deterioree depuis mon depart au Katanga, au point que les deplacements a pied en dehors des hautes murailles de la residence ne sont plus autorises, meme pendant la journee.

Pas de television, pas de lecteur DVD, et plus de promenades : cela se traduit par la claustrophobie pour la plupart des pilotes.  Resultat, un d'entre eux a eu l'idee de creer un nouveau genre d'embarcation, disons une sorte de plate-forme flottante construite a partir de six futs de carburant, douze chambres a air, et des planches de bois.  Voilà, le « Muzungu » est deja operationnel et incarne une source de plaisir, les dimanches apres-midi, pour les prisonniers d'Alcatraz.

Le directeur d'AirServ ne s'est pas encore prononce sur l'avenir du « Muzungu ».  Manque de gilets de sauvetage, peut-etre?  Mais non.  Il y a une rumeur vicieuse que circule pretendant que les pilotes l'utiliseraient pendant l'obscurite de la nuit pour chercher des jeunes filles logees dans d'autres residences au bord du lac, et les rameneraient ensuite a la base sous la nez et la barbe des gardes.  En toute sincerite, qui pourrait croire a une telle histoire ?

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Mardi 22 mai 2007

Quand je suis arrive au Congo le taux US dollar / Franc Congolais etait de 550.  Aujourd'hui , l'affaiblissement du dollar se constate non seulement sur les grands marches financiers mais aussi au milieu de l'Afrique, ou le « greenback » se negocie maintenant a 490.

A Lubumbashi on n'est jamais contraint d'aller plus loin que d'environ 100 metres pour trouver un « changist »  Chaque pilote d'AirServ a son vendeur prefere, capable soit disant de garantir le meilleur taux du jour.

Peu importe si on reussit ou pas a obtenir 490 ou 500, la transaction est sure d'aboutir a une conversation interessante, les congolais etant a la fois aimables et bavards.  En revanche, si le taux n'est jamais gagne a l'avance, il est sur que vous aller quitter le lieu avec les poches pleines de billets les plus epuises et puants que vous ayez jamais vu.

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Mardi 8 mai 2007

L’un des villages du Katanga desservi au moins une fois par semaine par nos avions s’appelle Shamwana.  Ce village se trouve dans une region autrement connue comme « le triangle de la mort » a cause des atrocites commises par les rebelles et l’armee congolaise contre le peuple pendant la guerre.  Tres pauvres, les habitants vivent dans de petits abris faits en paille ; voila donc des conditions que je n’ai vues nul part ailleurs.

Il y a deux ONGs sur place : Medecins sans frontieres, qui apporte une aide d’urgence en matiere de sante, et Concern, qui a pour mission la distribution de denrees et de semences, mais qui a egalement un engagement pluriannuel dans le but de reconstruire les ecoles et de mener a bien d’autres projets d’infrastructure.

 

 

 

La piste de Shamwana a ete construite a la main sous la direction d’MSF sur une colline avoisinant le village.  Du point de vue d’un pilote, les 400 metres utilisables pour l’atterrissage et la pente en montee de 5% laissent à desirer… Mais, que puis-je dire : nous sommes au Congo, donc contraints par fois a accepter des conditions qui ne sont pas necessairement ideales.Sur la photo en haut de la page, debut de la piste au pied de la colline (le Cessna Caravan au sommet est hors de vue).

Sur la gauche : [1] la route de l’aeroport vers le village (pas trop different de

l’A6 Orly-Paris…) ;

 

 

 

 

 

[2] residence cinq etoiles du personnel d’MSF.

 

 

 

En bas, deux membres de l’equipe Concern (un Quebecois et une Irlandaise) devant l’entrepot. 

 

 

 

 

 

 

 

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Jeudi 26 avril 2007

 

 

Le village de Malemba Nkulu se trouve bord du Lualaba (le « Congo » pour les occidentaux) a environ 100 km de la source de ce grand fleuve, et dans une region marecageuse ou la peche est l'une des activites les plus importantes.  Malheureusement, avec les fortes pluies de cette annee, des centaines de villages on ete submerges par les eaux.  Alors plusieurs ONGs, notamment ACF (Action contre la faim) et la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation) sont sur place pour aider.

J'ai recemment eu l'occasion de passer quelques heures dans le village tandis que j'attendais l'arrivee de mon passager, expert belge en pisciculture (organisation Cooperation Technique Belge)qui rentrait d'une excursion de 3 jours dans les marais.

Je remercie l'agent de la FAO qui m'a emmene un peut partout en moto, et egalement les cinq pretres qui m'ont invite dejeuner avec eux a la procure.

En bas, trois photos : (1) un serpent venimeux sur lequel j'ai presque marche ; (2) des enfant faisant de la peche ; (3) l'un des nombreux villages inondes.

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Mardi 10 avril 2007

L'histoire de James Bond (article du 28 fevrier) est devenue une affaire de portee internationale !  En effet, les agents rwandais m'ont suivi jusqu'en Ouganda.  Voila la suite des evenements :

J1 - Entebbe, un jeune couple africain entre dans le restaurant de l'hotel et s'assoit a ma table ou je suis absorbe par un bouquin.  J'essaie de les ignorer, et continue donc la lecture de « Le fantome du roi Leopold ».  Alors, les questions commencent subtilement : de quoi s'agit le livre ? Qu'est-ce que je pense des ougandais, des congolais ? Que fais-je precisement en Afrique ? »  J'excuse leur manque de politesse et le fait d'avoir interrompu mon diner, en me disant que les normes sociales sont peut-etre differentes qu'en europe.  Je n'associe pas cette conversation a l’interrogatoire que j'ai eu deux semaines auparavant au Rwanda.  L'homme se dit interesse par des opportunites professionnelles avec AirServ et me demande mon numero de telephone portable.  Je refuse discretement, mais j'accepte de sauvegarder son numero et de le contacter si eventuellement une opportunite se presente, etc.  Je remets mon appareil dans ma poche et me concentre sur mon repas.  Une minute plus tard le telephone sonne.  Je constate que l'appel provient de mon cher ami noir assis a mon cote.  Je suis un peu enerve et a la fois curieux car l'homme n'a evidemment rien fait.  Je raccroche, et deux minutes apres le meme scenario se repete.  L'homme s'excuse en me disant que ce n'etait absolument pas lui.  Mais le numero etait bien le sien.  Je quitte le restaurant.

J2 - Je change d'hotel.

J3 - Le matin, un appel sur le telephone de l'hotel me reveille.  Un homme m'attend a la reception. Rendez-vous pour un parcours de golf.  J'informe la receptionniste que je n'ai rendez-vous avec personne.  Quand je prends mon petit dejeuner je pose quelques questions. Oui, c'etait un homme noir d'environ 27-28 ans.

J4 - Le soir je sors avec un pilote francais d'AirServ en fin de mission.  Pendant le diner, je lui raconte l'histoire depuis le debut, en commencant par la traversee de la frontiere a Goma avec Adriana.  Bien qu'il trouve les evenements bizarres, il n'est pas pret leur accorder une importance

particuliere.  En revanche, je le mets en garde que dorenavant il sera implique, car les agents rwandais seraient informes de ma rencontre avec lui.  Il trouve mon avertissement amusant.

J5 - Mon collaborateur se deplace a Kampala (45 minutes en voiture au Nord d'Entebbe) pour y passer quelques jours avant de rentrer en France.

J6 - Je me retrouve a l'aeroport pret a partir, une fois de plus, a Goma.  Je recois un appel de mon collaborateur francais, qui a l'air trouble.  Il m'explique que la veille, lors de son diner, un jeune noir est venu causer avec lui.  Beaucoup de questions (qu'est-ce qu'il faisait en Afrique, etc...) L'homme lui a egalement demande sa nationalite [N.B. c'est a ce moment la que j’ai eclate de rire car mon collaborateur - avec son accent francais prononce - a nie toute association avec La France !].  Le lendemain, il a repere son interlocuteur a quelques dizaines de metres de l'entree de son hotel.

Enfin, apres tous ces evenements etranges je suis content d'etre a Lubumbashi, tres loin de ce pays qui s'appelle le Rwanda !

 

 

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Lundi 2 avril 2007

Autre que les passagers, nous avons toutes sortes de cargaisons dans nos avions : medicaments, vaccins, alimentation pour les enfants, etc.  J'ai meme vu une boite en carton sur laquelle etait inscrit « dix mille preservatifs ». Pour les Congolais ou les expats ?  Tellement de fret que j'ai presque perdu ma curiosite, et me suis simplement occupe d'effectuer le chargement et le dechargement le plus rapidement possible.  L'autre jour j'ai mis quelques objets en plastique dans l'avion, sur lesquels j'ai cru reconnaitre un dessin presque familier.  A mon arrivee a Lubumbashi j'ai demande à l'ONG venant recuperer la cargaison a quoi servaient ces choses. « Eh bien, ce ne sont pas les empreintes des stars de Hollywood.  Ce sont des toilettes portables qui ont servi dans les hopitaux de collera ».  Dieu, je me suis bien lave les mains en rentrant !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 22 mars 2007
Les journees peuvent, de temps en temps, etre tres difficiles a cause de la chaleur, du nombre d'escales a effectuer, et de la quantite de cargaison a decharger.  Heureusement, il y a des equipes qui en sont conscientes, et qui font un grand effort pour alleger notre travail.  L'autre jour, par exemple, je suis arrive au village de Dubie ou il fallait ravitailler l'avion avant de retourner a Lubumbashi.  "Salut Alan, comment ca va? ecoute, tu merites une petite pause, laisse nous le faire."  C'est avec grande stupefaction que j'ai vu un jeune français de l'equipe MSF monter sur l'aile et diriger l'operation de pompage lui meme, tandis que je me reposais en mangeant un sandwich.  Quel bonheur.  Merci infiniment a tous ceux que j'ai pu rencontrer,  ici au Congo, qui realisent un travail extraordinaire et toujours avec un tres grand sens de volontarisme.
Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Mercredi 28 février 2007

 

Lors de la visite d'Adriana, nous sommes alles a Kigali pour une visite de deux jours, ou nous avons pu, parmi d'autres choses, visiter le Memorial national du genocide.  Compte tenu des relations diplomatiques encore tendues entre la France et le Rwanda, nous avons (comme mesure de precaution) utilise nos passeports americains. Notre choix s'est revele prudent : en effet, le seul francais parmi nous a ete retenu a la frontiere. En revanche, notre passage s'est deroule sans incident.

A cause de quelques circonstances imprevues, nous devrions reprendre le chemin de Kigali le lendemain de cette visite.  Je crois que cette fois-ci, nos mouvements ont attire l'attention des agents de l'immigration car les choses se sont passees differemment.

D'abord, je donne mon passeport a  la femme rwandaise qui se trouve a cote de la barriere, en la saluant en français.  Elle me regarde, ouvre mon passeport, et me dit : « Vous parlez tres bien le francais pour un americain ».  Comme le bon agent de la DGSE que je suis, j'essaye de trouver le moyen la plus naturel de me decoincer, donc je reponds, « merci beaucoup » - avec un accent americain plus prononce.

Ensuite, nous nous dirigeons vers le guichet.  L'agent d'immigration regarde Adriana et lui pose une serie de questions auxquelles elle essaye de repondre sans donner trop de details : « Qu'est-ce que vous allez faire ? » - « Aller a l'aeroport » ; « Vous allez voyager ou ? » - « A Entebbe » ; « Et ou est-ce que vous allez aller ensuite ? » - « Je rentrerai chez moi » ;

« Je suppose que vous retournerez aux Etats Unis. » dit-il. Adriana ne repond rien. Les questions s'arretent, l'agent ouvre son passeport, ou il trouve le cachet de l'Ambassade de l'Ouganda a Paris, ainsi que de multiples entrees et sorties de Roissy CDG, mais rien des Etats Unis.  Il nous rend nos passeports, et nous reprenons la route vers l'aeroport de Kigali dans le 4X4 d'AirServ.

Trois heures plus tard nous arrivons a l'aerogare.  Je depose mes affaires et je me promene pour me detendre.  Trois policiers m'approchent et me demandent d'un ton aimable s'ils peuvent « m'aider ».  « Oui bien sur, si vous voulez m'inviter a boire un coup au resto», je reponds.  L'humour n'est pas apprecie, et les questions continuent : « Qu'est-ce que vous faites ici ? Pourquoi etes-vous la ? Ou allez vous ? »

L'interrogatoire s'acheve, Adriana et moi passons finalement par le comptoir de Rwandair Express et, en suite, decidons de monter les escaliers pour aller au restaurant.  Il n'y a que deux autres personnes dans la grande salle. Nous nous asseyons dans le coin, demandons nos diners, et attendons que le garcon revienne.  Et voila q'un homme entre par la porte et s'assoie a deux metres de notre table, comme si de rien n'etait.  Il semble un peu agite. Finalement il nous regarde, et dit « Bonjour, vous venez d'ou.? » (et puis il reprend, plus subtilement, la meme serie de questions).

« Meme les espions nous suivent » commenta Adriana, sur un ton humoristique, lorsqu'on entra dans l'avion.

Ainsi, mes efforts pour rester inapercu au Rwanda ont, je crois, echoue. Je devrais donc oublier toute carriere dans les services de renseignement !

Cette histoire de restaurant m'en rappelle une autre. Pendant un deuxieme diner avec Adriana, un serveur nous a pris pour des fiances. Que 27 ans de difference d'age !  Devrais-je donc (malgre tout) considerer le role de James Bond ?

Pour ne pas vous laisser sans photo, en bas Adriana sur son « Boda Boda » (moto taxi) a Kigali.

A bientot,

Captain (alias James Bond)

 

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Lundi 19 février 2007

La premiere personne a avoir eu le courage de venir me rendre visite, ici en afrique, a ete une jeune fille de 16 ans. Mais dites donc !  Les grands garcons parmi vous, a quoi attendez-vous ?  Les 7 vaccins demandes vous decouragent-ils tellement ?

Il est vrai que meme le plus bref des voyages a ce coin perdu du globe peut entrainer des changements radicaux. Voici en haut « ma plus belle copilote » le lendemain de son arrivee, et en bas, l' « Africaine » le soir de son depart, deux semaines plus tard.

En plus de m'avoir accompagne sur plusieurs vols vers des villages du centre du Congo, Adriana a vecu avec une famille Congolaise (ayant 13 enfants a charge), assiste a l'ecole deux jours, visite Kigali et Entebbe, et a egalement fait du « rafting » sur le Nil. Tout cela a ete une veritable aventure !

 

 

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Lundi 12 février 2007

J’ai mentionne dans un article precedent que les pistes dans le Katanga sont moins amenages que dans le nord, alors voila la « piste 27 » a Kisenge (vue de l’avion juste avant le décollage).

Sur le vol ce jour-la j'avais quatre jeunes femmes qui necessitaient une intervention chirurgicale pour traiter des fistules obstetricales [N.B. probleme frequent au Congo, du principalement a des grossesses precoces, accouchements prolonges, et a l’acces limite aux soins obstetricaux d’urgence].  Il y avait egalement a bord une petite de 3 ans ayant de multiples fractures au niveau de la jambe ; si elle etait restee au village elle aurait ete amputee.  Je les ai emmenes a Ancoro, village important regional ou l’on peut trouver un hopital et des medecins competents.

Sur le bord de la piste d’Ankoro j’ai vu un panneau qui reflete bien la situation au Congo : « Ici sera construit l’aeroport de Ankoro ».  C’est alors que je me suis pose la question : quelle est la probabilité que cela puisse se realiser dans les 25 ans a venir?

A l’interieur de l’aerogare (le paillot au fond) je trouve 3 soldats ages de moins de 20 ans fumant le hachis.  On discute quelques minutes, et ils m’invitent a partager avec eux un moment de plaisir.  « Pas aujourd’hui », je reponds, « j’ai encore quatre escales. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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