Lors de la visite d'Adriana, nous sommes alles a Kigali pour une visite de deux jours, ou nous avons pu, parmi d'autres choses, visiter le Memorial national du genocide. Compte tenu des relations diplomatiques encore tendues entre la France et le Rwanda, nous avons (comme mesure de precaution) utilise nos passeports americains. Notre choix s'est revele prudent : en effet, le seul francais parmi nous a ete retenu a la frontiere. En revanche, notre passage s'est deroule sans incident.
A cause de quelques circonstances imprevues, nous devrions reprendre le chemin de Kigali le lendemain de cette visite. Je crois que cette fois-ci, nos mouvements ont attire l'attention des agents de l'immigration car les choses se sont passees differemment.
D'abord, je donne mon passeport a la femme rwandaise qui se trouve a cote de la barriere, en la saluant en français. Elle me regarde, ouvre mon passeport, et me dit : « Vous parlez tres bien le francais pour un americain ». Comme le bon agent de la DGSE que je suis, j'essaye de trouver le moyen la plus naturel de me decoincer, donc je reponds, « merci beaucoup » - avec un accent americain plus prononce.
Ensuite, nous nous dirigeons vers le guichet. L'agent d'immigration regarde Adriana et lui pose une serie de questions auxquelles elle essaye de repondre sans donner trop de details : « Qu'est-ce que vous allez faire ? » - « Aller a l'aeroport » ; « Vous allez voyager ou ? » - « A Entebbe » ; « Et ou est-ce que vous allez aller ensuite ? » - « Je rentrerai chez moi » ;
« Je suppose que vous retournerez aux Etats Unis. » dit-il. Adriana ne repond rien. Les questions s'arretent, l'agent ouvre son passeport, ou il trouve le cachet de l'Ambassade de l'Ouganda a Paris, ainsi que de multiples entrees et sorties de Roissy CDG, mais rien des Etats Unis. Il nous rend nos passeports, et nous reprenons la route vers l'aeroport de Kigali dans le 4X4 d'AirServ.
Trois heures plus tard nous arrivons a l'aerogare. Je depose mes affaires et je me promene pour me detendre. Trois policiers m'approchent et me demandent d'un ton aimable s'ils peuvent « m'aider ». « Oui bien sur, si vous voulez m'inviter a boire un coup au resto», je reponds. L'humour n'est pas apprecie, et les questions continuent : « Qu'est-ce que vous faites ici ? Pourquoi etes-vous la ? Ou allez vous ? »
L'interrogatoire s'acheve, Adriana et moi passons finalement par le comptoir de Rwandair Express et, en suite, decidons de monter les escaliers pour aller au restaurant. Il n'y a que deux autres personnes dans la grande salle. Nous nous asseyons dans le coin, demandons nos diners, et attendons que le garcon revienne. Et voila q'un homme entre par la porte et s'assoie a deux metres de notre table, comme si de rien n'etait. Il semble un peu agite. Finalement il nous regarde, et dit « Bonjour, vous venez d'ou.? » (et puis il reprend, plus subtilement, la meme serie de questions).
« Meme les espions nous suivent » commenta Adriana, sur un ton humoristique, lorsqu'on entra dans l'avion.
Ainsi, mes efforts pour rester inapercu au Rwanda ont, je crois, echoue. Je devrais donc oublier toute carriere dans les services de renseignement !
Cette histoire de restaurant m'en rappelle une autre. Pendant un deuxieme diner avec Adriana, un serveur nous a pris pour des fiances. Que 27 ans de difference d'age ! Devrais-je donc (malgre tout) considerer le role de James Bond ?
Pour ne pas vous laisser sans photo, en bas Adriana sur son « Boda Boda » (moto taxi) a Kigali.
A bientot,
Captain (alias James Bond)