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Jeudi 18 janvier 2007 4 18 /01 /2007 20:11

On nous a depose a l'entree d'un quartier pauvre aux alentours de l'aeroport.  Plusieurs collaborateurs expat et moi-meme empruntons le chemin qui serpente entre les bananiers et les paillotes.  Je regarde les femmes qui font la cuisine sur les feux.  Des enfants (la moitie d'entre eux nus) me regardent sans rien dire.  Je trouve bizarre le fait de ne pas entendre « Mizungu, mizungu » ou « Donne-moi un biscuit ».

Le cimetiere n'est qu'un champ de mauvaises herbes.  J'entends des coups de pioche mais je ne parviens pas a voir ceux qui travaillent a cause de la foule.  Une jeune femme perd connaissance et est emportee par des hommes.  Quelques femmes chantent.  Tandis qu'on attend, deux autres corteges montent le chemin vers d'autres emplacements.

Seulement un an de plus et il aurait atteint l'age moyen d'un resident de Goma.  Il n'y a pas de discours.  On met le cercueil dans la fosse et les hommes commencent a remettre la terre.  Ils demandent de l'argent : prix d'achat pour des coqs ou pour un chevre qu'ils tueront en suite pour se proteger de l'esprit du defunt.

Au Congo, les victimes du SIDA sont condamnes a mourir tres vite, car le cocktail de drogues necessaires pour se maintenir en vie est trop cher.  Edmond etait marie, avec de nombreux enfants a charge.  La prochaine victime est evidente.

 

 

Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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Dimanche 21 janvier 2007 7 21 /01 /2007 20:34

Depuis un certain temps je cherche une excuse pour pouvoir survoler a basse altitude la cote ouest du Lac Tanganyika pour regarder les villages des pecheurs.  Et voila, en m'expliquant qu'il allait entamer un projet d'assainissement d'eau pour luter contre le cholera, un responsable de l'ONG « Solidarite » m'a demande si ce serait possible de faire un tour de la zone cotiere.  Quel bonheur !  Pendant les premiers 30 minutes d'un vol de 1h50 Kalemie - Goma, nous avons pu contempler l'un de plus beaux paysages du monde.

 

 

 

 

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Mardi 23 janvier 2007 2 23 /01 /2007 11:04

Depuis plusieurs jours je me retrouve a 1000 km au sud de Goma dans la ville de Lubumbashi pour remplacer un pilote francais actuellement en conge.  L’atmosphere dans cette metropole est completement differente de celle de Goma, ce qui s'explique principalement par le fait qu’elle n’a jamais ete ravagee par la guerre, meme si des affrontements ont eu lieu dans toute la region de Katanga.  Ici il y a des vestiges de l’ere coloniale : des vielles batisses au centre ville, quelques avenues pavées, et des zones residentielles tranquilles ou les rues sont bordees d’arbres.

En revanche, je ne dis pas que Lubumbashi est Paris.  Il faut comprendre que si elle a ete une ville splendide pendant les annees '50, aujourd’hui elle n’est que l’ombre de son passe, car il n’y a pas eu le moindre investissement, ni meme le moindre entretient apres le depart des colonisateurs.

J’ai pu faire une promenade a la fin de la journee, un plaisir inedit pour un quelqu’un habitue a la vie de Goma.  Il y avait du monde dans les rues, des gens vraisemblablement contents, ouverts, et aimables.  Bon, c'est vrai qu’un policier m’a accompagne pendant quelques minutes en m’expliquant qu’il etait la pour me proteger, etc.  Il a fini sont discours en me demandant, « avez-vous 200 F pour moi ? »  Bizarre cela, qu’un homme arme me demande de l’argent tout en avouant son role de defenseur des civils.

C’est probablement politiquement incorrect de le dire, mais je pense que si les Congolais ont enormement souffert sous le mandat des Belges, leur condition a empire pendant la periode qui a suivi.  Au moins à l’epoque coloniale il y avait une infrastructure routiere et ferroviaire, des hopitaux, des ecoles, et une protection civile.  Ce que le peuple a subi par la suite n’a pas de comparaison.  Je ne suis ni politologue ni historien, alors je reconnais que mon point de vue sur le sujet ne reflete pas forcement la realite des evenements. 

 

 

 

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Samedi 27 janvier 2007 6 27 /01 /2007 11:12

Piloter en Katanga est tres different de ce que j’ai connu dans le Nord Kivu.  Plus de hautes montagnes, ici c’est la savane ou ce sont des plateaux avec leurs escarpements, et jolies chutes d’eau.  Je trouve la simplicite et l’austerite du paysage magnifiques.

Les pistes sont en regle generale plus courtes et beaucoup moins amenagees, etant donne qu'elles ne sont que desservies par les avions d' AirServ. Il faut toujours faire un petit tour a basse altitude avant l’atterrissage car il peu y avoir des gens, des chevres et cochons, ou d’autres especes sur la piste.

On parle des villages qui sont parfois desservies qu’une, peut-etre deux fois par mois, donc l’arrivee de l’avion est un grand evenement.  Il n’est pas hors du commun de voir tout le village rassemble pour nous accueillir.

 

 

 

 

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Mercredi 31 janvier 2007 3 31 /01 /2007 11:12

Je n’ai jamais vu tellement de gens demunis que dans les petits villages de Katanga.

Pendant les annees de guerre ce peuple a vu ses maisons et champs etre brules par les soldats. Meme s’ils on pu reconstruire lentement leurs vies il n’ont pour le moment presque rien.  En plus, il y a une penurie d’eau.  Ils sont sales, et portent des vetements rapes et dechires.  Ce sont les ONGs qui leur apportent le soin, des semences pour replanter, et meme de quoi manger.

Il y a assez souvent des enfants qui viennent m’aider a decharger l’avion et a mettre les cartons dans le vehicule dans l’espoir de recevoir un biscuit en tant que remerciement.

 

 

 

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Lundi 5 février 2007 1 05 /02 /2007 11:17

J’ai decouvert que chaque village a sa propre dynamique.  Hier a Mukubu, j’ai demande a une jeune française travaillant pour l’ONG sur place si elle pourrait me prendre en photo avec les plus de 200 personnes reunis autour de l’avion.  Quand les villageois se sont rendus compte de ce que je voulais, ils m’ont pousse vers le milieu de la foule.  Ils voulaient tous me toucher.  J’ai ressenti une veritable gratitude.

 

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Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /2007 11:20

J’ai mentionne dans un article precedent que les pistes dans le Katanga sont moins amenages que dans le nord, alors voila la « piste 27 » a Kisenge (vue de l’avion juste avant le décollage).

Sur le vol ce jour-la j'avais quatre jeunes femmes qui necessitaient une intervention chirurgicale pour traiter des fistules obstetricales [N.B. probleme frequent au Congo, du principalement a des grossesses precoces, accouchements prolonges, et a l’acces limite aux soins obstetricaux d’urgence].  Il y avait egalement a bord une petite de 3 ans ayant de multiples fractures au niveau de la jambe ; si elle etait restee au village elle aurait ete amputee.  Je les ai emmenes a Ancoro, village important regional ou l’on peut trouver un hopital et des medecins competents.

Sur le bord de la piste d’Ankoro j’ai vu un panneau qui reflete bien la situation au Congo : « Ici sera construit l’aeroport de Ankoro ».  C’est alors que je me suis pose la question : quelle est la probabilité que cela puisse se realiser dans les 25 ans a venir?

A l’interieur de l’aerogare (le paillot au fond) je trouve 3 soldats ages de moins de 20 ans fumant le hachis.  On discute quelques minutes, et ils m’invitent a partager avec eux un moment de plaisir.  « Pas aujourd’hui », je reponds, « j’ai encore quatre escales. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 19 février 2007 1 19 /02 /2007 14:18

La premiere personne a avoir eu le courage de venir me rendre visite, ici en afrique, a ete une jeune fille de 16 ans. Mais dites donc !  Les grands garcons parmi vous, a quoi attendez-vous ?  Les 7 vaccins demandes vous decouragent-ils tellement ?

Il est vrai que meme le plus bref des voyages a ce coin perdu du globe peut entrainer des changements radicaux. Voici en haut « ma plus belle copilote » le lendemain de son arrivee, et en bas, l' « Africaine » le soir de son depart, deux semaines plus tard.

En plus de m'avoir accompagne sur plusieurs vols vers des villages du centre du Congo, Adriana a vecu avec une famille Congolaise (ayant 13 enfants a charge), assiste a l'ecole deux jours, visite Kigali et Entebbe, et a egalement fait du « rafting » sur le Nil. Tout cela a ete une veritable aventure !

 

 

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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /2007 14:10

 

Lors de la visite d'Adriana, nous sommes alles a Kigali pour une visite de deux jours, ou nous avons pu, parmi d'autres choses, visiter le Memorial national du genocide.  Compte tenu des relations diplomatiques encore tendues entre la France et le Rwanda, nous avons (comme mesure de precaution) utilise nos passeports americains. Notre choix s'est revele prudent : en effet, le seul francais parmi nous a ete retenu a la frontiere. En revanche, notre passage s'est deroule sans incident.

A cause de quelques circonstances imprevues, nous devrions reprendre le chemin de Kigali le lendemain de cette visite.  Je crois que cette fois-ci, nos mouvements ont attire l'attention des agents de l'immigration car les choses se sont passees differemment.

D'abord, je donne mon passeport a  la femme rwandaise qui se trouve a cote de la barriere, en la saluant en français.  Elle me regarde, ouvre mon passeport, et me dit : « Vous parlez tres bien le francais pour un americain ».  Comme le bon agent de la DGSE que je suis, j'essaye de trouver le moyen la plus naturel de me decoincer, donc je reponds, « merci beaucoup » - avec un accent americain plus prononce.

Ensuite, nous nous dirigeons vers le guichet.  L'agent d'immigration regarde Adriana et lui pose une serie de questions auxquelles elle essaye de repondre sans donner trop de details : « Qu'est-ce que vous allez faire ? » - « Aller a l'aeroport » ; « Vous allez voyager ou ? » - « A Entebbe » ; « Et ou est-ce que vous allez aller ensuite ? » - « Je rentrerai chez moi » ;

« Je suppose que vous retournerez aux Etats Unis. » dit-il. Adriana ne repond rien. Les questions s'arretent, l'agent ouvre son passeport, ou il trouve le cachet de l'Ambassade de l'Ouganda a Paris, ainsi que de multiples entrees et sorties de Roissy CDG, mais rien des Etats Unis.  Il nous rend nos passeports, et nous reprenons la route vers l'aeroport de Kigali dans le 4X4 d'AirServ.

Trois heures plus tard nous arrivons a l'aerogare.  Je depose mes affaires et je me promene pour me detendre.  Trois policiers m'approchent et me demandent d'un ton aimable s'ils peuvent « m'aider ».  « Oui bien sur, si vous voulez m'inviter a boire un coup au resto», je reponds.  L'humour n'est pas apprecie, et les questions continuent : « Qu'est-ce que vous faites ici ? Pourquoi etes-vous la ? Ou allez vous ? »

L'interrogatoire s'acheve, Adriana et moi passons finalement par le comptoir de Rwandair Express et, en suite, decidons de monter les escaliers pour aller au restaurant.  Il n'y a que deux autres personnes dans la grande salle. Nous nous asseyons dans le coin, demandons nos diners, et attendons que le garcon revienne.  Et voila q'un homme entre par la porte et s'assoie a deux metres de notre table, comme si de rien n'etait.  Il semble un peu agite. Finalement il nous regarde, et dit « Bonjour, vous venez d'ou.? » (et puis il reprend, plus subtilement, la meme serie de questions).

« Meme les espions nous suivent » commenta Adriana, sur un ton humoristique, lorsqu'on entra dans l'avion.

Ainsi, mes efforts pour rester inapercu au Rwanda ont, je crois, echoue. Je devrais donc oublier toute carriere dans les services de renseignement !

Cette histoire de restaurant m'en rappelle une autre. Pendant un deuxieme diner avec Adriana, un serveur nous a pris pour des fiances. Que 27 ans de difference d'age !  Devrais-je donc (malgre tout) considerer le role de James Bond ?

Pour ne pas vous laisser sans photo, en bas Adriana sur son « Boda Boda » (moto taxi) a Kigali.

A bientot,

Captain (alias James Bond)

 

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Jeudi 22 mars 2007 4 22 /03 /2007 22:04
Les journees peuvent, de temps en temps, etre tres difficiles a cause de la chaleur, du nombre d'escales a effectuer, et de la quantite de cargaison a decharger.  Heureusement, il y a des equipes qui en sont conscientes, et qui font un grand effort pour alleger notre travail.  L'autre jour, par exemple, je suis arrive au village de Dubie ou il fallait ravitailler l'avion avant de retourner a Lubumbashi.  "Salut Alan, comment ca va? ecoute, tu merites une petite pause, laisse nous le faire."  C'est avec grande stupefaction que j'ai vu un jeune français de l'equipe MSF monter sur l'aile et diriger l'operation de pompage lui meme, tandis que je me reposais en mangeant un sandwich.  Quel bonheur.  Merci infiniment a tous ceux que j'ai pu rencontrer,  ici au Congo, qui realisent un travail extraordinaire et toujours avec un tres grand sens de volontarisme.
Par Alan Follmar - Publié dans : captaincongo
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